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 Autisme et tabou
Autismes et différences

 Marielle CATHENOD

Editions de l'officine

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Vendredi 22 août 5 22 /08 /Août 12:20

 

 

Analyse de l’ouvrage par l’équipe de Satedi

 

 

           « Marielle CATHENOD revisite l’autisme, avec un regard neuf, le regard d’une maman qui veut à tout prix comprendre. Comment faire pour comprendre quand personne n’explique ? Quand l’autisme est encore un sujet tabou ? Marielle lit, parcourt Internet, discute avec d’autres parents, avec des autistes adultes. Elle nous montre son livre et nous demande, en toute simplicité, ce qu’on en pense.

 

 

         En quoi ce livre est-il intéressant et différent de ce qu’on a pu lire jusqu’ici ? Ce n’est pas un ouvrage de professionnels. Son écriture est très éloignée des ouvrages aseptisés de la littérature spécialisée. En effet, Marielle alterne les points de vue qui sont tantôt des réflexions sur la question, tantôt des témoignages de son propre vécu de mère. Le lecteur y trouve des informations fiables sur les Troubles Envahissants du développement (TED) et sur l’histoire de la recherche sur l’autisme (avec ses détours sombres et désastreux). L’auteur met aussi en lumière l’histoire de la prise en charge et de l’accompagnement (parfois tout aussi désastreux) des autistes.


        En étant capable de nuancer les théories, de trouver des exemples et des contre-exemples, cette maman nous montre qu’elle n’est pas un auteur gourou énonçant ses vérités, si ce n’est celle-ci : que les chercheurs, les professionnels et toute personne veillant à son développement, ne peuvent tenir un savoir pour acquis, ni définitif. Marielle  Cathenod révèle comment, au fil du temps, elle en apprend sur le sujet et nous amène à prendre conscience de l’importance de créer des liens afin que la collaboration soit collective. Scientifiques, thérapeutes, psychologues, enseignants, amis, famille, tous doivent s’unir pour démystifier l’autisme.

       
        Et les liens se créent : grâce à ce livre, l’autisme n’est déjà plus un tabou. Encourageons Marielle et ceux qui s’y intéressent à mieux connaître mes multiples facettes de l’autisme et à trouver des solutions. Ce livre est une incitation et un combat que nous devons mener ensemble.


        Merci Marielle pour ce témoignage qui, nous en sommes sûrs, amènera les mentalités à évoluer. »

 

L’équipe de Satedi.

(Spectre Autistique troubles envahissants du développement International).

 


Satedi est la première association francophone de personnes avec TED, représentant l’ensemble du continuum du spectre autistique. Faitr connaître et démystifier  l’autisme, prendre position sur les questions de « politiques actuelles » de l’autisme, influer sur les buts de la recherche contemporaine en autsime : tout cela fait partie de nos objectifs principaux. Nous en avons d’autres….


Voir le site

 

www.satedi.org

 


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Vendredi 22 août 5 22 /08 /Août 12:15

Autisme et tabou
autismes et différences

Marielle Cathenod

Les éditions de l’officine

« Ce livre est plus qu’une simple histoire de maman. Si l’auteur s’appuie sur son vécu avec son enfant- mais aussi sur de nombreux autres témoignages de personnes concernées- c’est surtout pour exposer ses questionnements multiples sur l’autisme et les TED, permettre de mieux comprendre les difficultés des parcours souvent labyrinthiques des parents, et livrer à tous, sans tabou et avec des mots simples, ses réflexions sur la problématique de l’autisme dans notre pays. Car, malgré les avancées des recherches et des textes de lois, des conflits idéologiques demeurent. Se taire est parfois dangereux. Se taire, ne pas oser s’ouvrir aux autres de ses questionnements ou inquiétudes, éviter les mots trop lourds de sens, ne pas savoir utiliser le même langage et sentir le poids du tabou sur certaines questions : les conséquences de ces silences sont encore trop nombreuses. L’autisme, il faut d’abord en parler. Parlons en autour de nous : avec l’entourage, avec les professionnels, les psychologues, les enseignants, les médecins, les éducateurs... Que ce livre soit un point de départ à la réflexion, qu’il permette surtout de créer des liens entre tous ceux qui, de près ou de loin, en Martinique et ailleurs, se préoccupent de l’avenir de nos enfants. Ensemble, construisons l’avenir ! »







Guimette Boulinval, présidente de Martinique Autisme
Philip Denisard, chargé de la communication.

Contacts en Martinique : philao2@wanadoo.fr


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Lundi 14 juillet 1 14 /07 /Juil 13:50
Extrait d'AUTISME ET TABOU



Quant à mon fils, il dessine encore, il réfléchit beaucoup, il écrit souvent.

Un  soir où je l’interrogeais parce que je le sentais un peu abattu au retour de l’école, il m’a répondu :

 

« Il y a pire que les baffes, pire que les coups, et même  pire que le viol et  le meurtre. Le pire qu’on puisse faire à un être humain, c’est lui assassiner sa manière de penser ! »

 




Je m'interroge encore  ...
Respecter/Eduquer?
Respecter, accepter sa différence , laisser faire , laisser penser. ..
Eduquer, inculquer, "aller le chercher",  forcer...


C'est une question que l'on pose tous les jours, pour une activité quotidienne, à partir d'une phrase, d'une tâche à faire, d'un choix...

Laisser faire, ne rien faire ou forcer, normaliser?




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Dimanche 15 juin 7 15 /06 /Juin 21:53


Albénoède

2ème partie

 

Après un assez long périple, les deux amis reviennent dans la maison de Socrate.

 

« Maintenant, mon cher Albénoède, peux-tu me dire si tu as appris des choses au sujet de cet enfant ?

 

- Sans aucun doute Socrate, et j’ai peut-être entendu trop de choses car je ne m’en  trouve que plus embarrassé encore!

Faut-il que je sois prétentieux de m’être supposé supérieur aux autres sophistes et faut-il que je sois sot d’avoir accepté d’être payé pour instruire cet enfant ! J’irai sans aucun doute rendre cet argent car je suis bien incapable! Ma sagesse n’est pas assez grande ! Cette tâche est telle que je n’en vois ni le cheminement, ni la fin, ni même le commencement ! J’ai appris des choses, oui Socrate, mais moi, Albénoède, je peux te dire que je n’ai pas appris qui est cet enfant !

 

- Albénoède, ne te désespère pas. Au contraire, tu me montres ta sagesse ; car tu es sage, Albénoède, en affirmant que tu ne sais pas qui est l’enfant.

Ce n’est pas cela qui me prouve donc que ta sagesse n’est pas assez grande !

 

- Et en quoi ne suis-je donc pas sage ?

 

- En cela que tu te montres lâche.

 

- Je serais lâche Socrate, en n’osant pas avouer mon impuissance et ce serait lâche de se cacher de la vérité. Et ce qui est vrai, c’est que je ne saurais rien entreprendre pour instruire cet enfant!

 

-Retourne dans la famille de l’enfant et remets l’argent si cela te pose un problème. Mais que diras-tu donc à sa mère et à son père ?

 

-Ils sont si désemparés ! Ah ! Socrate, sans doute aurais-je grand tort d’agir ainsi et de les abandonner à leur affliction!

La sagesse serait de confier l’enfant à l’un de ces savants que nous avons rencontrés puisque, moi-même, je ne peux rien.

 

-Comment sais-tu que tu ne peux rien n’ayant pas encore essayé ?

 

-Crois-tu que je n’ai rien tenté ?

 

-Tu dis que tu as appris de nouvelles choses et ne serait-il pas sage de considérer ton problème à la lueur de celles-ci?

Ne serais-tu pas lâche si tu t’enfuyais maintenant devant l’ampleur de la tâche que l’on t’a confiée ? …

Et tu dis aussi que tu ne sais où se trouve le commencement. Alors, si tu le veux bien, commence par me dire ce que tu as appris ?

 

-Tu étais avec moi, Socrate, ne le sais-tu pas toi-même ?

 

-Certes Albénoède, mais j’aimerais l’entendre de ta bouche. Parle donc ! Qu’as-tu appris?

 

-D’abord, qu’il existe un peu partout des enfants qui lui ressemblent. Ces enfants lui ressemblent et, en même temps ne lui ressemblent pas. A bien y réfléchir, tous ces enfants se ressemblent mais aussi: ils sont tous vraiment différents.

 

-Mais, n’en est-il pas de même pour tous les autres enfants ?

 

-Que veux-tu dire ?

 

-Les enfants sont tous des enfants et en cela, ils se ressemblent mais en même temps, ne sont-ils pas tous dissemblables ?

 

-C’est la vérité.

 

-Et ceci te met-il d’ordinaire dans l’embarras ?

 

-Non

 

-Et comment doit-on s’y prendre pour les instruire ? Te préoccupes-tu de leur  ressemblance ou bien de leurs différences ?

 

- Tous ceux qui s’occupent d’apprendre aux enfants en ont observé les ressemblances selon les âges de la vie et, crois moi Socrate, cette observation est bien utile ! Cependant, je ne suis pas de ceux qui négligent les différences ou de ceux qui  cherchent à les nier. Et j’essaie de voir en chaque enfant ce qu’il y a en lui de commun avec les autres et en même temps ce qu’il y a de particulier.

 

-Ne peux-tu faire de même en ce qui concerne cet enfant par rapport au groupe des enfants qui lui ressemblent ?

 

-Peut-être bien… -Sans oublier qu’ils sont avant tout des enfants !

 

-Il faudrait être bien éclairé sur toutes ces différences et ces ressemblances !!!

 

-N’avons-nous pas fait tout ce qu’il était possible de faire pour nous éclairer sur ces ressemblances et ces différences ?

 

-Peut-être, mais je ne sais pas encore comment je pourrais m’y prendre pour instruire cet enfant !

 

- N’avons-nous pas interrogé les meilleurs maîtres et les médecins les plus célèbres ?

 

-Certes, mais il n’en demeure pas moins beaucoup d’ombres dans mon esprit.

 

-Et n’avons-nous pas rencontré d’autres hommes encore, ceux qui enseignent, ceux qui soignent et ceux qui éduquent, ceux qui observent, ceux qui cherchent, non seulement dans notre Cité mais encore dans les autres Cités ?

 

-J’en conviens.

 

-Et tu me dis encore que tu ne sais qu’un peu qui est cet enfant ? Que tu ne sais pas que faire avec cet enfant ?

 

-Oui, c’est ce que je dis.

 

-Et, tous ces hommes que nous avons rencontrés, tu les as écoutés avec attention, tu les as remerciés pour toutes les choses qu’ils t’ont donné à voir.

 

-Oui. Cependant, ils ne sont pas tous d’accord entre eux. Lequel devrai-je suivre dans son raisonnement ?

 

-Crois-tu qu’un seul d’entre eux ait atteint un tel niveau de la connaissance qu’il puisse dire : « Je sais qui est cet enfant et donc voilà ce qu’il faut faire ! » ?

 

-Non assurément aucun, même si certains l’ont prétendu.

 

-Et ceux qui l’ont prétendu te paraissent-ils sages ?

 

-Certes non. Ils n’ont pas une seule fois rencontré l’enfant !

 

-Ils l’auraient rencontré une seule fois qu’ils auraient pu prétendre le connaître ?

 

-Ce n’est pas ce que je dis…je ne sais pas….l’enfant lui-même ne se donne pas à voir !

 

-Et quels sont donc ceux qui te semblent les plus sages ?

 

-Je dirais sans aucun doute que ce ne sont pas ceux qui prétendent tout savoir avec certitude!

 

-Et parmi ceux qui n’ont pas prétendu tout savoir ?

 

 

-Certains m’ont demandé de leur amener l’enfant parce qu’ils avaient le besoin de l’observer quelque temps avant de me donner des réponses. Ils ont sans doute l’oeil exercé et  verront ce que je n’ai su voir.

 

-Conduiras-tu l’enfant vers l’un d’eux ?

 

-Je le ferai si l’on me donne l’assurance que l’enfant ne sera pas seulement le jouet de leur curiosité et qu’il ne sera pas emprisonné dans une cage comme celle que nous avons vue.

 

-Je vois que tu es prudent. Combien louable est ton désir de protéger cet enfant ! Mais ne songes-tu pas qu’on puisse l’emprisonner d’une autre manière ?

 

-Que veux-tu dire et de quelle manière parles-tu ?

 

- Réfléchissons encore et dis-moi d’abord : lequel des ces savants choisiras-tu ?

 

-Il me faut y réfléchir : il y a le premier médecin qui me semble d’une grande intelligence et un autre aussi : celui qui a beaucoup cherché et cherche et cherche encore dans les 

 potions et les remèdes : celui-là cherchera aussi pour l’enfant.

Il y a aussi le maître de musique : il s’occupe d’un enfant qui ne me semble pas   malheureux. Mais il me semble qu’il faudrait plutôt confier l’enfant à l’homme que nous avons rencontré en dernier lieu : c’est le plus grand maître dans l’art de parler.

 

-Peux-tu me dire pourquoi tu choisirais ce maître ?

 

-Comment pourrais-je instruire l’enfant s’il ne connaît  pas les mots et comment saurais-je qu’il les connaît s’il ne les utilise pas ? Les mots : c’est bien ce qui manque avant tout à cet enfant !

 

-Tu es bien à l’aise dans ton raisonnement ! Es-tu bien certain de savoir ce qui manque avant tout à cet enfant ?

 

-Il me semble bien….peut-être faut-il s’interroger encore ?

 

-Peut-être…Et si tu choisissais de confier l’enfant au plus grand maître dans l’art de parler, que ferait ce maître selon toi?

 

-Sans doute ne poursuivrait-il que son désir de parvenir à faire parler l’enfant.

 

-Cela serait-il un bien pour l’enfant ?

 

-Certes oui Socrate !

 

-Cependant, tu dis qu’il ne saurait être question que d’atteindre ce but et pas un autre : le faire parler et pas autre chose ?

 

-C’est cela même. Le faire parler d’abord ! C’est certainement chez ce maître là que j’irai confier l’enfant dès que j’aurai quitté ta demeure.

 

-Et tu ne confirais pas l’enfant aux autres médecins, au maître de musique, à celui qui enseigne la danse…ni à aucun autre ?

 

-Mais Socrate, ne nous faut-il pas trancher et décider de ce qui est le mieux pour l’enfant ?

 

-N’est-ce pas ce que nous essayons de faire ?

 

-Et parler n’est-il pas selon toi ce qu’il convient d’apprendre en premier lieu à cet enfant?

 

-Apprendra-t-il à parler si tu l’enfermes ?

 

-Je t’ai dit Socrate que je ne confierai pas l’enfant à qui voudra l’enfermer.

 

-Mais encore une fois Albénoède, s’agit-il seulement de l’enfermer dans une cage en bois?

 

-S’agit-il de l’enfermer dans autre chose ? Ah, Socrate, il me vient à l’esprit soudain un autre genre d’enfermement : s’agit-il de l’enfermer dans une science ou un art particulier en négligeant de considérer ce que pourraient apporter à l’enfant toutes les autres sciences et tous les arts d’une autre sorte ?

C’est bien à cet enfermement que tu songes ? C’est sans doute ce que tu veux me montrer depuis tout à l’heure ! Socrate pardonne ma sottise !

 

-Tu la dois à ton empressement d’agir et cela montre encore une fois l’intérêt que tu portes à cet enfant.

 

-Que faire alors ?

 

- Retourne auprès de lui et n’écoute pas ceux qui te disent que ce que tu fais est vain, et qu’il faut le laisser dans l’ignorance des choses ou pire encore dans l’ignorance des êtres qui l’entourent. Et surtout, ne laisse pas cet enfant dans la souffrance et dans l’ignorance de lui-même.

 

Cherche d’abord dans l’enfant et cherche aussi en toi-même, et puis enfin, écoute encore les autres, les savants, ceux qui essaient de soigner les corps et ceux qui essaient de soigner les âmes et tous les autres aussi, et retourne auprès d’eux avec l’enfant ! Mais écarte de toi ceux qui prétendent savoir avec certitude, ceux qui estiment qu’ils connaissent tout de leur science et ont fini de chercher car ceux-là ne savent rien, écarte aussi ceux qui pensent que leur science est la seule valable et la plus haute et qui n’interrogent pas les autres sciences, écoute plutôt celui qui est prêt à partager avec toi, et avec tous les autres, un peu de ce qu’il croit savoir.

 

Ne laisse croire à personne que cet enfant n’est rien, rien qu’un perturbateur et un buveur de lait, mais, si c’est tout ce que tu sais de lui avec certitude: qu’il aime le lait, alors, commence par le lait pour l’amener lui-même à construire sa connaissance.

 

- Socrate, je sais qu’il est temps pour moi de retourner auprès de cet enfant.

Mais avant de te quitter, il y a encore une question que je me pose : qu’en est-il de la lumière du soleil ?

…. »

 


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Dimanche 15 juin 7 15 /06 /Juin 21:23
Suite à la demande de quelques uns, je  remets en ligne:
Dialogue d'Albénoède

Ce dialogue entre Albénoède et Socrate n’a pas été traduit du grec ancien par Platon ou un autre… Il fut le fruit de ma pure imagination…Une sorte de rêve éveillé : j’ai imaginé que tout était simple, qu’il suffirait

d’interroger Socrate , en osant prétendre que son intérêt pour l’élève d’Albénoède serait aussi puissant que celui qu’il portait à un certain Charmide, beau, grand, fort et à l’âme bien faite …

 

 

 

Albénoède

1ère partie


Un étrange enfant a été confié à Albénoède, un enfant que tous les sophistes, pourtant chèrement payés par la famille, ont rejeté les uns après les autres.

Albénoède avoue qu’il ne parvient pas à l’instruire. Il est venu voir Socrate.


«Albénoède, tu sais que je ne suis pas savant. Pourquoi as-tu choisi de venir me voir d’abord au lieu de rencontrer les savants de la Cité ?


-Socrate, je ne sais ni que faire, ni qui consulter sur le sujet qui me préoccupe. Tu me vois bien désemparé !


- Tu es mon ami, tu es venu jusqu’à moi. Parle donc: je veux bien essayer de te venir en aide. Parle moi de l’enfant.


-Tantôt il se tait, comme à l’écart du monde. Tantôt il se met à crier de sorte que les voisins arrivent à ma porte pour savoir ce qui se passe et ils s’écrient en le voyant : « Quels sont donc les démons qui habitent son âme ? »

Sa famille est dans le malheur : elle a imploré tous les dieux et a fort dépensé en sacrifices! Et personne n’accepte la tâche de l’instruire et l’on dit qu’il est impossible d’atteindre son âme. Cet enfant dérange. Mais devons-nous l’écarter pour ne plus entendre ses cris et le laisser dans l’ignorance?


-Si tu pensais ainsi, tu ne serais pas ici avec moi. Mais poursuis donc.


-Je devrais lui enseigner la lecture et les mathématiques. Mais les lettres et les chiffres ne sont rien pour lui, pas plus que les mots ni les nombres. Et il semble que
toute chose lui soit étrangère aussi : il ne sait pas ce que signifient les mots maître et disciple ou des mots plus simples encore : la table ou le bâton et même encore : il ne sait pas ce qu’est la coupe dans laquelle il verse son lait avant de le boire!

Il a une coupe à lui et n’en utilise jamais une autre! Si je lui apporte un autre vase à boire d’une autre forme ou d’une autre couleur, et même une coupe qui ressemble en tout point à la sienne, il ne boit pas le lait. Mais s’il a soif, il va chercher la coupe qui lui appartient.

-Tu dis qu’il ne connaît pas les mots.


-Non il ne connaît pas les mots.


-Tu dis qu’il ne connaît pas la coupe?


-Il ne connaît pas la coupe!


-Mais s’il a besoin de boire son lait, prendra-t-il le bâton ou la table ?


-Non, bien sûr !


-Il prendra sa coupe ?


-Oui, certes.


-Et il va choisir sa coupe pour boire le lait plutôt que la table ou le bâton ?


-Veux-tu me montrer, Socrate, que, s’il choisit la coupe,
c’est qu’il sait ce qu’est une coupe?

-Ce n’est pas ce que j’ai dit. Je dis que, s’il choisit sa coupe et non autre chose pour boire le lait, il a relié dans son esprit sa coupe avec le lait. Et si tu lui montres un autre vase à boire et qu’il se trouve que l’enfant ait à ce moment là envie de lait, tu dis qu’il va chercher sa coupe ?

-Oui, c’est ce que j’ai dit.


-Pour des raisons obscures encore, il ne choisit donc qu’un seul objet pour boire son lait et peut-être a-t-il peur de quelque chose ?


-Il ne paraît pas craintif ! Mais peut-être a-t-il peur en effet !


-Et cet enfant n’est pas dans l’ignorance totale en ce qui concerne le récipient qui sert à boire le lait.


-Il sait donc que la coupe sert à boire. Mais où cela nous mène-t-il ?

- Albénoède, modère ton ardeur…Nous verrons bien où cela nous mène. D’abord, je n’ai pas dit qu’il sait qu’une coupe sert à boire, mais qu’il sait qu’il peut utiliser la coupe pour boire le lait.


-Ne sait-il donc pas que la coupe, si elle peut servir à boire le lait peut servir à boire aussi de l’eau et le jus des fruits et tout ce qui peut se boire ?


-Je ne sais pas. A-t-il dans son esprit relié le lait, l’eau, le jus en cela qu’ils peuvent tous être bus dans sa coupe ?


-Que veux tu dire Socrate ?


-N’as-tu pas dit que tu te préoccupes d’instruire cet enfant ?


-Oui
.


-Il te reviendra donc de chercher toutes les réponses à ces questions, il faut que tu observes si l’enfant a fait les liens dans son esprit entre le lait et l’eau comme entre la coupe et tous les vases à boire, pour arriver à l’idée du liquide.


-Mais il ne connaît pas les mots ! Il ne pourrait pas comprendre l’idée du liquide et celle du récipient !

-Tu as peut-être raison… Mais d’abord, dis-moi, comment peux-tu affirmer qu’il ne connaît pas les mots ?


-Parce que je m’en suis rendu compte !

-Comment cela ?


-Il entend les mots, il n’est pas atteint de surdité : il sursaute parfois s’il perçoit un bruit léger. Je sais qu’il entend les mots mais il n’en comprend pas le sens.


-Alors, que sont les mots pour lui ?


-Rien !


-Rien ?


-Rien ! Seulement des sons, des sons assemblés. Se rend- il seulement compte que ces sons sortent de notre bouche ? Il ne me regarde pas quand je lui parle !


-Tu dis qu’il entend des sons, des sons qui , pour nous, représentent des mots mais qui, pour lui, ne signifient rien, rien que des sons.


-C’est cela même.


-Donc, tu me dis qu’il ne relie pas, dans son esprit, les sons qu’il entend quand tu lui parles et l’objet que tu veux désigner en utilisant ces sons.


-C’est bien cela : il me semble qu’il ne fait pas le lien dans son esprit.…


-Et donc, il ne peut relier le mot à l’objet dans son esprit ?


- Non, c’est l’évidence! Mais enfin, comment cela se peut-il ? Et si l’on admet qu’il est possible que le lien dont tu parles, le lien entre le mot et l’objet que ce mot désigne,
n’existe pas dans l’esprit de cet enfant, comment l’éclairer sur ce lien ? Tous les enfants apprennent ces choses naturellement avec leur mère ou leur nourrice! Et même les  enfants les plus ignorants dans le domaine des mots savent au moins reconnaître les sons assemblés comme des mots qui ont un sens, bien que, parfois, ils n’en  connaissent pas la signification !

-Tu veux dire : les enfants, dans le domaine des mots qu’on emploie avec eux, savent quand ils ne savent pas.


-C’est bien cela. Et s’il arrive qu’ils se trompent, on peut leur montrer où ils se trompent en utilisant d’autres mots!

Mais cet enfant-là…


-Cet enfant –là, dis-tu ?


-Cet enfant là, il ne sait même pas qu’il ne sait pas.

Socrate, dis-moi, encore une fois : comment cela se peut-il ?


-Comment cela se peut-il ? Je n’en sais rien …mais, vois Albénoède: ton histoire de coupe de lait nous a mené bien loin !


-Bien loin en effet, mais, hélas Socrate, tu ne m’apportes
pas de réponses.

-Ne t’avais-je pas prévenu de cela ?


-C’est vrai : tu m’avais prévenu.


-Malgré cela, tu es là, en train de réfléchir avec moi. Je ne sais pas répondre à tes questions et il est vrai que je t’en ai apporté d’autres. Cependant, crois-tu avoir perdu ton temps en parlant de ces choses avec moi ? Estimes-tu ces questionnements inutiles? Penses-tu que je t’embrouille l’esprit davantage ?


- Nous savons juste un peu plus de ce que nous ne savons pas.


- Albénoède, il est bientôt temps pour toi de te rendre auprès des savants et de les interroger eux aussi les uns après les autres. Tu es mon ami et je te vois dans l’embarras et encore, tu as piqué ma curiosité ! Aussi, je veux bien
consentir à t’accompagner auprès d’eux.

Mais auparavant, parle- moi encore un peu de cet enfant : parle- moi de ce qu’il semble connaître plutôt que de ce qu’il semble ne pas connaître.


-Il aime la lumière. Il sait que la lumière vient du soleil.


-Comment peux-tu affirmer cela ?


-Il aime le rayon de soleil qui passe par ma fenêtre et qui projette la lumière dans ma maison : il a découvert hier un fil de lumière qui provenait de ma fenêtre entrouverte et
qui traçait une ligne sur son bras. Alors, il a bougé le bras doucement pour que cette ligne de lumière semble se déplacer sur sa main. Et puis il a bougé tout son corps pour observer les changements et quand son visage a été éclairé, il a levé les yeux pour chercher encore d’où venait la lumière et il a couru à la fenêtre pour l’ouvrir en grand.

-Alors, continue ! Qu’a t’il fait ?


- Il a regardé le soleil. Rien de plus.


-Rien de plus ?


-Rien de plus. Il était tendu vers le soleil, sur la pointe
des pieds : il semblait chercher quelque chose. Mais cherchait-il de tout son corps ? Pour la lumière, pour la chaleur ? Ou cherchait-il de toute son âme ? Je ne saurais dire…

-Et qu’as-tu fait Albénoède ?


-Au bout d’un certain temps, je l’ai écarté de la fenêtre.

Je crains qu’en le laissant agir ainsi, il se brûle les yeux. »

 


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Dimanche 15 juin 7 15 /06 /Juin 21:20

Son dessin:

" Pour faire un être puissant "


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Vendredi 11 janvier 5 11 /01 /Jan 23:55
Pour me joindre,  cliquez sur "contact" en bas de page.







Quelques commentaires sur le  livre


Un livre à lire absolument:
http://forums.autismeactus.org/viewtopic.php?f=12&t=5802






De Cyrille CHAGON:

"Cathenod, M. (2006). Autisme et tabou: Autismes et différences. Paris: Les éditions de l'officine.

Ecrit par une mère, ce livre que je conseille aux étudiants en psychologie, autant qu'aux parents, vous présentera de façon intelligemment vulgarisée, toutes les compréhensions/incompréhensions sur cette maladie, ainsi que les différentes théories existantes."

http://cyrille.chagnon.free.fr/index.htm


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